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Proposition de résolution relative à
l’instauration du 17 mai comme Journée Nationale de
Lutte contre l’Homophobie
déposée par Marie-Claire Lambert, Yvan Mayeur,
Karine Lalieux, Valérie Déom, Députés PS
Développements
L’homosexualité est largement discriminée de par le
monde. Dans 80 Etats au moins, les actes homosexuels
sont condamnés soit par la loi en tant qu’actes
criminels soit font l’objet de persécutions.
Selon une opinion largement répandue,
l’homosexualité serait plus libre que jamais :
omniprésente, dans la rue, dans la presse, à la
télévision, au cinéma. Elle serait même tout à fait
acceptée, ce dont témoignent, dans plusieurs pays,
les récentes avancées législatives sur la
reconnaissance des couples de même sexe.
Pourtant, la réalité semble différente. Le XXe
siècle a, sans aucun doute, été une des périodes les
plus homophobes de l’histoire : déportation dans les
camps de concentration sous le régime nazi, goulag
en Union soviétique, chantages et persécutions aux
Etats-Unis à l’époque de Mc Carthy…
Actuellement, les conditions d’existence des
lesbiennes et des gays, dans le monde, restent très
défavorables : les actes homosexuels sont condamnés
par la loi (Algérie, Sénégal, Cameroun, Ethiopie,
Liban, Jordanie, Arménie, Koweït, Porto Rico,
Nicaragua, Bosnie...). Dans plusieurs pays, cette
condamnation peut aller au-delà d’une peine de 10
ans (Nigéria, Libye, Syrie, Inde, Malaisie, Cuba,
Jamaïque…). Parfois même, la loi prévoit une
détention à perpétuité (Guyana, Ouganda), et dans
une dizaine de nations, la peine de mort peut être
effectivement appliquée (Afghanistan, Iran, Arabie
Saoudite…).
Récemment, plusieurs Présidents en Afrique ont
brutalement réaffirmé leur volonté de lutter
personnellement contre l’homosexualité considéré
comme un fléau « anti-africain ».
Pour certains pays, où l’homosexualité ne relève pas
du code pénal, les persécutions se multiplient. A
titre illustratif, au Brésil, les Escadrons de la
mort et les skin heads sèment la terreur : 1960
meurtres homophobes ont été recensés officiellement
entre 1980 et 2000.
Selon les espaces géographiques ou selon les
conditions sociales, l’homophobie prend des formes
très diverses :
-
Dans de nombreux pays du Sud, la problématique
réside dans le mariage hétérosexuel forcé ;
-
Dans de nombreux pays du Nord, c’est
l’interdiction du mariage homosexuel qui est au
cœur des débats ;
-
Dans certains milieux, les hommes sont exclus ou
lynchés sur la place publique, tandis que les
femmes sont enfermées ou punies dans le silence
des gynécées ;
-
Dans certains cas, l’homophobie s’exerce au nom de
Dieu et dans d’autres cas au nom de la Science ;
-
Parfois, l’homosexualité est condamnée mais les
transgenres sont tolérés, parfois l’inverse ;
-
Selon les cas, la bisexualité est regardée comme
un moindre mal ou comme le comble du vice.
En Belgique enfin, l'homophobie revêt une forme plus
sournoise puisqu'elle est un facteur hautement
multiplicateur des pulsions suicidaires : selon
l'étude réalisée par le professeur John Vincke de
l'Université de Gand en 1998, une jeune fille
lesbienne ou bisexuelle sur quatre a tenté de se
suicider au moins une fois alors que 12,4% des
garçons homosexuels affirment être passés eux aussi
à l'acte de désespoir (chez les hétérosexuels en
revanche, ils sont respectivement 5,4% et 5,9% à
avoir été dans le cas). D'après l'étude réalisée en
Communauté française par la FAGL et Magenta asbl en
2004, le suicide est la 2e cause de mortalité des
garçons de 15 à 24 ans (après les accidents) et la
3e pour les filles. L’idée suicidaire hante de 20 à
30 % des jeunes des deux sexes, et l'homosexualité
réelle ou supposée est en deuxième place dans les
motifs qui poussent à l'acte. On peut compléter ces
observations par les affirmations du québécois
Michel Dorais, qui déclarait en 2001 dans son livre
de référence « mort ou vif », que les adolescents
gays et les jeunes lesbiennes se suicident 6 à 10
fois plus que les jeunes se sentant hétérosexuels.
S’il importe d’envisager la discrimination comme un
phénomène général, il est nécessaire de la combattre
aussi sous ses formes spécifiques et l’homophobie
est une de ces formes. Faute de quoi, le discours et
l’action demeurent dans l’abstraction et dans
l’indifférenciation.
A titre illustratif, la Journée Internationale de la
Femme permet de mettre l’accent de manière
spécifique sur l’inégalité entre les sexes. De même,
la Journée Nationale de Lutte contre l’Homophobie
permettra de mettre l’accent sur l’inégalité entre
les orientations sexuelles.
La lutte contre l’homophobie débouche nécessairement
sur l’affirmation des droits sexuels en général,
qu’il s’agisse de sexe, du genre, de l’identité de
genre ou de l’orientation sexuelle. C’est pourquoi,
elle rejoint le combat contre le sexisme. Ce n’est
d’ailleurs pas un hasard si les personnes les plus
sexistes sont souvent, en même temps, les plus
homophobes. Elle rejoint également la lutte contre
le sida et contre toutes les maladies sexuellement
transmissibles : l’autonomie sexuelle ne pouvant
guère s’exercer sans un accès minimal à
l’information et aux soins.
La lutte contre l’homophobie débouche aussi sur
l’affirmation des droits humains en général. Les
associations lesbiennes, gays, bi et transgenres
(LGBT) s’engagent souvent bien au-delà des
problématiques sexuelles et elles se trouvent de
cette manière à l’unisson de nombreux autres
mouvements sociaux dont elles sont bien entendu
solidaires.
Dans ces conditions, la Journée Nationale de Lutte
contre l’Homophobie favorisera le rapprochement
entre les associations lesbiennes, gays, bi et
transgenres (LGBT) et les associations de défense
des droits de l’homme.
C’est le 17 mai 1990 que l’Assemblée générale de
l’Organisation Mondiale de la Santé supprimait
l’homosexualité de la liste des maladies mentales.
L’O.M.S. entendait mettre fin à plus d’un siècle
d’homophobie médicale.
Cette journée nationale est davantage qu’un acte
symbolique. Elle a pour but d’articuler action
et réflexion afin de lutter contre toutes
les violences physiques, morales ou symboliques
liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de
genre.
La Journée Nationale de lutte contre l’Homophobie
entend susciter, soutenir et coordonner toutes les
initiatives contribuant à l’égalité entre les
citoyens en la matière, de jure, mais aussi
de facto, et cela sur tout le territoire
belge.
L’instauration officielle d’une Journée Nationale de
Lutte contre l’Homophobie permettra ainsi d’inscrire
les luttes des lesbiennes, des gays, des bi et des
transgenres dans une démarche de solidarité avec
toutes les personnes lesbiennes, gays, bi et
transgenres (LGBT) du monde entier.
Elle permettra d’inscrire ces luttes dans une
démarche plus globale de défense des droits de
l’homme.
La reconnaissance d’une telle Journée serait ainsi
un engagement clair de la Communauté internationale.
Elle s’est déjà mobilisée contre de nombreuses
formes de discriminations et de violences sociales,
mais pas encore sur ces sujets.
En prélude à l’instauration d’une Journée Mondiale
de Lutte contre l’Homophobie, et à l’instar de ce
qui existe déjà au Canada, la résolution invite le
Gouvernement belge à instaurer une Journée Nationale
de Lutte contre l’Homophobie le 17 mai de chaque
année.
La résolution vise aussi à renforcer les expériences
engagées, à donner plus de visibilité aux
initiatives futures et elle en appelle aux instances
internationales afin qu’elles inscrivent cette
Journée dans l’agenda officiel des Nations Unies, à
l’instar de la Journée Mondiale des Femmes ou de la
Journée Mondiale de Lutte contre le Sida.
Proposition de résolution
La Chambre,
-
Considérant les discriminations et les
persécutions dont font l’objet les lesbiennes, les
gays, les bi et les transgenres (LGBT) de par le
monde ;
-
Reconnaissant que la lutte contre l’homophobie
débouche sur l’affirmation des droits humains au
même titre que la Journée Internationale de la
Femme ou de la Journée Mondiale de Lutte contre le
Sida ;
-
Reconnaissant que la lutte contre l’homophobie
rejoint également la lutte contre le sida et
contre toutes les maladies sexuellement
transmissibles ;
-
Convaincue qu’une Journée Nationale de Lutte
contre l’Homophobie favorisera le rapprochement
entre les associations LGBT et les associations
des droits humains ;
-
Convaincue qu’une Journée Nationale de Lutte
contre l’Homophobie favorisera la reconnaissance
nationale et internationale qui est pour le
Gouvernement fédéral un levier lui permettant de
contribuer à la lutte contre toutes les violences
physiques, morales ou symboliques liées à
l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre ;
-
Considérant que c’est le 17 mai 1990 que
l’Assemblée générale de l’Organisation Mondiale de
la Santé supprimait l’homosexualité de la liste
des maladies mentales ;
-
Considérant qu’une Journée Nationale de Lutte
contre l’Homophobie vient en prélude à
l’instauration d’une Journée Mondiale de Lutte
contre l’Homophobie, et à l’instar de ce qui
existe déjà au Canada ;
-
Considérant l’appel mondial lancé sous forme de
pétition par l’ILGA (International Lesbian an Gay
Association) relayant l’idée originale de
Louis-Georges Tin, Chercheur à l’Université de
Manchester et Directeur du dictionnaire de
l’homophobie ;
Demande au Gouvernement fédéral :
-
d’instaurer, au niveau belge, une Journée
Nationale de Lutte contre l’Homophobie le 17 mai
de chaque année ;
-
de prendre contact avec les Gouvernements
régionaux et communautaires afin que, dans le
cadre de leurs compétences, la Journée Nationale
de Lutte contre l’Homophobie se traduise par des
actions concrètes de sensibilisation et de
prévention de cette thématique ;
-
d’œuvrer, auprès des instances internationales
dont notamment l’Organisation des Nations Unies,
du Haut-Commissariat aux Droits de l’Homme et de
la Commission européenne, afin qu’elles inscrivent
cette Journée dans leur agenda officiel pour
donner plus de visibilité aux initiatives futures
et renforcer les expériences engagées en la
matière.
Signature des auteurs :
- Marie-Claire Lambert
- Yvan Mayeur
- Karine Lalieux
- Valérie Déom
Députés PS
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